François Madinier évoque avec Daniel Benyahia une médiation lors d’un différend entre associés d’un restaurant, une médiation où a émergé un besoin de retrouver la confiance.
Raconte-moi une médiation où il est question de retrouver la confiance
Daniel : Deux associés, qui exploitaient ensemble un restaurant, avaient décidé de se séparer. Les tensions entre eux étaient économiques, mais aussi affectives. Ils s’étaient rencontrés et étaient devenus amis au cours d’un séjour dans un centre de post-cure après un accident. Leur relation dépassait le cadre strictement professionnel. L’un s’était marié et l’autre refusait que la nouvelle épouse entre dans la société. La séparation était devenue nécessaire. L’un d’eux m’a contacté pour cette médiation.
J’ai fait mon travail de médiateur : écouter chacun, comprendre ses demandes et inscrire au tableau les positions des deux associés pour chercher comment les rapprocher. Le travail a commencé assez facilement. Peu à peu, ils ont réussi à se parler sans violence. Et là, surprise ! Alors que j’étais au tableau, marqueur en main, l’un a dit : « Je ne t’ai pas tout dit. Puisqu’on fait les comptes, il faut que je te dise que je t’ai volé. »
J’étais estomaqué, mais je suis resté calme. Je lui ai demandé de s’expliquer. Avec la carte bancaire du restaurant, lorsqu’il faisait les achats chez Metro, il achetait aussi des produits pour lui. « À quelle fréquence ? » « Tous les jours… » Ils ont alors fait une estimation des sommes concernées, ajouté ce montant au tableau et apuré les comptes. Finalement, ils se sont séparés à l’amiable et chacun était satisfait.
Qu’est-ce qui lui a permis de révéler cette histoire, alors qu’elle n’était pas sur la table ?
Daniel : Il n’était effectivement pas obligé d’en parler. Mais tous deux avaient accepté la médiation avec une volonté d’aboutir. Ils ne venaient pas pour se faire du mal : ils voulaient régler le passé et se séparer de façon amiable.
Une fois la relation restaurée et le climat apaisé, ils ont éprouvé le besoin de tout mettre à plat. Ces achats personnels s’étaient installés au fil des jours ; l’un avait profité de la situation. À ce moment-là, il a voulu reconnaître ce qu’il avait fait, pour que la séparation soit aussi apaisée dans sa tête. C’est cela qui m’a frappé : le rétablissement du dialogue a permis une parole que personne n’avait sollicitée.
Le lieu et l’ambiance ont-ils aussi contribué à cette liberté de parole ?
Daniel : Oui, nous étions dans leur restaurant, leur lieu de travail commun. C’était un cadre familier, sans décorum intimidant. Ils s’y sentaient parfaitement à l’aise. Mon rôle a été d’écouter et de créer les conditions du dialogue. Dans ce dossier, ce travail était facilité par leur volonté très forte de trouver une issue.
La leçon que j’en garde, c’est qu’en médiation, il est important de créer un climat dans lequel les personnes ont réellement envie de s’exprimer et de régler leur différend. Quand cette confiance revient, elles peuvent aller bien au-delà des questions posées au départ, jusqu’à dire ce qui restait caché et empêchait une séparation sereine.
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