Transmettre son exploitation agricole à un membre de sa famille

exploitation agricole

Des grands-parents projettent de transmettre leur exploitation agricole. Faute de pouvoir le faire en faveur de l’un de leurs six enfants, ils envisagent de le faire en faveur de leur petit fils. Mais comment annoncer cette décision à leurs enfants sans déclencher de conflit ? C’est le point de départ pour une médiation familiale qui se révélera tout à la fois précieuse et constructive.

Cette médiation a été menée en collaboration avec une association spécialisée dans les successions agricoles. Elle leur a permis de clarifier leur projet puis de le présenter à la famille, en minimisant les difficultés. Si cette médiation devait aider à organiser le projet de vente, elle a aussi aidé, le petit-fils et le grand-père à exprimer leurs pensées, leurs sentiments et surtout à trouver leur place dans la famille.

Une transmission qui divise

Marlène et Robert ont une exploitation agricole. Leurs six enfants n’ont jamais souhaité reprendre l’affaire. En revanche un des petits-fils, Sylvain, a toujours fait savoir qu’il était intéressé. Une médiation a été proposée afin d’aider les grands-parents et le petit-fils à organiser cette vente et la faire accepter aux autres membres de la famille.

Un organisme aidant les agriculteurs lors de difficultés était aussi présent lors de cette médiation. C’est d’ailleurs la technicienne de l’association qui a jugée qu’une médiation était nécessaire. Car le problème n’était pas simplement technique et administratif (une simple passation), il était aussi relationnel.

Clarifier une première décision

Marlène et Robert ont fait appel à une médiatrice pour organiser le projet de transmission de l’exploitation agricole et trouver les mots justes pour l’annoncer à leurs six enfants.

La médiatrice et la technicienne de l’association ont animé chaque rendez-vous. C’était donc une co-médiation. La technicienne gère les aspects administratifs et notariaux, tandis que la médiatrice travaille sur la communication entre les membres de la famille. Cette complémentarité était essentielle pour avancer.

Trois entretiens ont été nécessaires pour clarifier la décision :

  • Un entretien d’information avec Marlène et Robert (ce dernier était prudent, sceptique, voire récalcitrant).
  • Puis un entretien d’information individuel avec Sylvain, le petit-fils.
  • Enfin, un entretien commun entre les grands-parents et le petit-fils.

Lors de ces séances, trois points importants sont travaillés :

  • le côté technique de l’affaire,
  • le côté relationnel entre les membres de la famille en présence,
  • et enfin, la médiatrice qui prend sa place auprès des trois membres de la famille (et notamment auprès de Robert, le grand-père). Lors de ces séances de préparation, la professionnelle doit obtenir la confiance des membres les plus sceptiques. C’est important pour la bonne suite de la médiation.

Ces trois premières séances ont permis à la médiatrice comme à la famille de prendre du recul et de réfléchir sereinement à la situation.

Annoncer la décision à la famille : entre incompréhension et compromis

Des entretiens individuels avec les six enfants

Une fois le projet bien défini et bien travaillé, restait pour les grands parents à annoncer à leurs enfants la décision de transmettre leur exploitation à leur petit-fils.

Dans ce but, la médiatrice rencontre d’abord chaque enfant individuellement pour leur expliquer le rôle de la médiation et les raisons pour lesquelles leurs parents les sollicitaient.

Une séance plénière tendue

Tous les membres de la famille se retrouvent alors pour une séance plénière.
Lors de cette séance plénière, les réactions ont été contrastées. Certains enfants soutenaient Sylvain. D’autres, comme Jacqueline, la dernière fille de la fratrie, s’opposaient farouchement au projet, estimant que leurs propres enfants étaient lésés. Elle accuse ses parents de spoliation, disant qu’on lui vole son héritage.

À la fin de cette séance plénière, la situation est donc tendue. La médiatrice propose alors d’organiser un entretien individuel avec Jacqueline.

Un sentiment d’injustice et projection sur ses enfants

Jacqueline trouve la décision de ses parents injuste. Ses émotions sont fortes. Elle pense que la médiatrice prend le parti des grands-parents et de Sylvain et qu’elle organise la spoliation de la famille. Dans ce genre de situation (héritage, donation et problèmes familiaux), il est courant que les personnes renvoient leur colère, leur frustration sur une autre personne, cherchant un fautif.

La médiatrice ouvre alors calmement le dialogue. Quels sont les mots ou les comportements qui auraient pu faire penser que la médiatrice était plus d’un côté que d’un autre ? Après discussion, Jacqueline se rend compte par elle-même que la professionnelle est là simplement pour aider au dialogue. 


La confiance s’instaure au cours de l’échange et Jacqueline commence à se confier plus sereinement. Elle exprime ses sentiments. Maman de deux garçons, elle projette ses propres attentes sur un de ses fils. Elle perçoit la transmission de ses parents à Sylvain comme du favoritisme, une décision injuste, déséquilibrée. L’exploitation agricole est perçue, à juste titre, comme le travail de toute une vie, elle représente les parents et est chère aux yeux de toute la famille. Il est difficile de voir les choses évoluer. Il est aussi difficile de prendre du recul sur ces émotions intimes et de les rationaliser.

À la suite de cette entrevue, Jacqueline est un peu plus sereine et apaisée.

Un compromis trouvé, au moins provisoirement

Lors de la seconde séance commune, Jacqueline est plus ouverte au dialogue. La discussion est plus apaisée. Jacqueline parvient à exprimer son point de vue sans être agressive ni sur la défensive. Grâce à ce dialogue plus fluide, Robert et Marlène prennent en considération les souhaits de chacun, et notamment ceux de Jacqueline. Ils trouvent un juste milieu, un point qui convient à tout le monde sans froisser personne. Les enfants ne sont pas spoliés : ils gardent la main sur l’exploitation puisque le petit-fils va louer les terres pendant 10 ans sans en être propriétaire.

Une fois cette première médiation terminée, Sylvain a enfin pu se lancer. La médiation a permis de structurer la transmission de l’exploitation à Sylvain mais aussi de trouver un compromis acceptable pour toute la famille. Néanmoins, tout n’est pas réglé et des tensions persistent. Ces changements au sein de la famille font apparaître de nouvelles questions. Sylvain va-t-il pouvoir s’imposer et trouver sa place ? Le grand-père acceptera-t-il de voir la nouvelle génération prendre le relais ?

Découvrez comment une seconde médiation a aidé Sylvain à s’affirmer et à restaurer le dialogue avec son grand-père et sa tante.

Article rédigé avec l’aide de Camille Raynaud.

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