1/2. Transmettre son exploitation agricole à un membre de sa famille : une médiation s’impose !

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Des grands-parents projettent de transmettre à leur petit-fils leur exploitation agricole. Mais comment annoncer cette décision à leurs six enfants sans déclencher de conflit ? C’est le point de départ pour une médiation familiale qui se révèlera tout à la fois indispensable et très constructive.

Une médiation technique, menée en collaboration avec une association spécialisée dans les successions agricoles, va leur permettre de structurer le projet et de le présenter à la famille.

Si cette médiation devait aider à organiser le projet de vente, elle a aussi aidé, le petit-fils et le grand-père à exprimer leurs pensées, leurs sentiments et surtout à trouver leur place dans la famille.


I. Le contexte familial : une transmission qui divise

Marlène et Robert ont une exploitation agricole. Leurs six enfants n’ont jamais souhaité reprendre l’affaire. En revanche un des petits-fils, Sylvain, a toujours fait savoir qu’il était intéressé.

Une médiation a été proposée afin d’aider les grands-parents et le petit-fils à organiser cette vente et la faire accepter aux autres membres de la famille.

Un organisme aidant les agriculteurs lors de difficultés était aussi présent lors de cette médiation. C’est d’ailleurs la technicienne de l’association qui a jugée qu’une médiation était nécessaire. Car le problème n’était pas simplement technique et administratif (une simple passation), il était aussi relationnel.


II. Une médiation technique en trois étapes clés

1. Trois séances pour clarifier le projet

Marlène et Robert ont fait appel à une médiatrice pour :

  • organiser le projet de transmission de l’exploitation agricole,
  • trouver les mots justes pour l’annoncer à leurs six enfants.

Trois premiers entretiens ont été nécessaires :

  • Un entretien d’information avec Marlène et Robert (ce dernier était prudent, sceptique, voire récalcitrant).
  • Puis un entretien d’information individuel avec Sylvain, le petit-fils.
  • Enfin, un entretien commun avec les grands-parents et le petit-fils.

Ces trois premières séances étaient essentielles. Si le processus peut paraître long, c’est pourtant indispensable. Elles ont permis à la médiatrice comme à la famille de prendre du recul et de réfléchir sereinement à la situation.

2. Une co-médiation qui va de soi !

La médiatrice et la technicienne de l’association ont animé chaque rendez-vous. C’était donc une co-médiation complémentaire. La technicienne gère les aspects administratifs et notariaux, tandis que la médiatrice travaille sur la communication entre les membres de la famille. Cette complémentarité était essentielle pour avancer.

3. Instaurer la confiance

Lors de ces séances, trois points importants sont travaillés :

  • le côté technique de l’affaire,
  • le côté relationnel entre les membres de la famille en présence,
  • et enfin, la médiatrice qui prend sa place auprès des trois membres de la famille (et notamment auprès de Robert, le grand-père). Lors de ces séances de préparation, la professionnelle doit obtenir la confiance des membres les plus sceptiques. C’est important pour la bonne suite de la médiation.

Une fois le projet bien défini et bien travaillé, ils ont dû annoncer à leurs enfants qu’ils transmettaient à leur petit-fils leur exploitation.


III. Annoncer la décision à la famille : entre incompréhension et compromis

1. Des entretiens individuels avec les six enfants

La médiatrice a rencontré chaque enfant individuellement pour leur expliquer le rôle de la médiation et les raisons pour lesquelles leurs parents les sollicitaient.

2. Une séance plénière tendue

Tous les membres de la famille se sont retrouvés pour une séance plénière : Robert et Marlène, leurs six enfants et Sylvain. 

Lors de la séance plénière, les réactions ont été contrastées. Certains enfants soutenaient Sylvain. D’autres, comme Jacqueline, la dernière fille de la fratrie, s’opposaient farouchement au projet, estimant que leurs propres enfants étaient lésés. Elle a même accusé ses parents de spoliation, disant qu’on lui volait son héritage.

À la fin de la séance plénière, la situation est quelque peu tendue. La médiatrice propose une pause pour apaiser les tensions et organise un entretien individuel avec Jacqueline.

médiation familiale exploitation agricole

3. Blocus : sentiment d’injustice et projection sur ses enfants

Jacqueline trouve la décision de ses parents injuste. Ses émotions sont fortes. Elle pense
que la médiatrice prend le parti des grands-parents et de Sylvain et qu’elle organise la
spoliation de la famille.

Dans ce genre de situation (héritage, donation et problèmes familiaux), il est courant que les personnes renvoient leur colère, leur frustration sur une autre personne, cherchant un fautif.

La médiatrice a alors ouvert le dialogue calmement. Quels sont les mots ou les comportements qui auraient pu faire penser que la médiatrice était plus d’un côté que d’un autre ? Après discussion, Jacqueline s’est rendue compte par elle-même que la professionnelle était là pour aider au dialogue tout simplement. 


La confiance s’est instaurée au cours de l’échange et Jacqueline a pu se confier plus sereinement. Elle a exprimé ses sentiments. Maman de deux garçons, elle projette sur un de ses fils certaines attentes. Elle perçoit la transmission de ses parents à Sylvain comme du favoritisme, une décision injuste, déséquilibrée.

L’exploitation agricole est perçue ici, à juste titre, comme le travail de toute une vie, il représente les parents et est cher aux yeux de toute la famille. Il est logiquement difficile de voir les choses évoluer. Il est aussi difficile de prendre du recul sur des émotions intimes et de les rationaliser.

À la suite de cette entrevue, Jacqueline est un peu plus sereine et apaisée.

4. Un compromis trouvé

Lors de la seconde séance commune, Jacqueline était plus ouverte au dialogue. La discussion est plus apaisée. Jacqueline parvient à exprimer son point de vue sans être agressive ni sur la défensive.

Grâce à ce dialogue plus fluide, Robert et Marlène prennent en considération les souhaits de chacun, et notamment ceux de Jacqueline. Ils trouvent un juste milieu, un point qui convient à tout le monde sans froisser personne :
les enfants ne sont pas spoliés : ils gardent la main sur l’exploitation notamment en cas de décès des parents,
le petit-fils peut mener sa propre exploitation pendant 10 ans en louant les terres et en ne les vendant pas comme c’était prévu.

Une fois cette première médiation terminée, Sylvain a pu se lancer. La médiation technique a permis de structurer la transmission de l’exploitation à Sylvain mais aussi de trouver un compromis acceptable pour toute la famille. Néanmoins, tout n’est pas réglé. Des tensions persistent.

Ces changements au sein de la famille font apparaître de nouvelles questions. Comment Sylvain va-t-il s’imposer et trouver sa nouvelle place ? Le grand-père acceptera-t-il de voir la nouvelle génération prendre le relais ?

Dans le second volet, découvrez comment une seconde médiation a aidé Sylvain à s’affirmer et à restaurer le dialogue avec son grand-père et sa tante.