Trouver sa place lors de la reprise d’une exploitation agricole

trouver sa place en reprise d'exploitation agricole

Sylvain a pu reprendre l’exploitation agricole de ses grand-parents, grâce à une médiation familiale qui a permis d’apaiser, au sein de la fratrie, le climat de tension lié à ce type de transmission. Mais cette médiation (voir cet article), si elle a permis de définir de grands principes n’a évidemment pas suffi à régler tous les problèmes. Aussi, Sylvain recontacte la médiatrice un an après la fin de cette première médiation familiale, car des tensions persistent. Il a du mal à trouver sa place, car son grand-père a du mal à lâcher prise, et sa tante Jacqueline ne reconnaît pas Sylvain comme le nouveau responsable de l’exploitation.

C’est alors qu’une deuxième série d’entretiens et de dialogues commence. Car si le projet de donation au petit-fils était réglé lors de la première médiation, des problèmes plus profonds restent en suspens au sein de la famille.
Une seconde médiation, cette fois centrée sur le relationnel, va permettre à Sylvain de s’affirmer et de restaurer le dialogue mais aussi au grand-père d’exprimer ses ressentis sur la situation.

Des tensions toujours présentes

À la suite de la première médiation, Sylvain travaille désormais sur l’exploitation agricole. Les grands-parents sont désormais à la retraite et habitent sur place. Le grand-père est assez réticent et a du mal à accepter de ne plus être aux commandes. Jacqueline, la plus récalcitrante au projet, n’habite pas loin de l’exploitation. Elle se comporte comme si l’exploitation était toujours à ses parents. Elle en utilise notamment le carburant et l’eau. Sylvain demande donc une nouvelle médiation, car la situation est loin de lui convenir : il ne se sent ni respecté ni reconnu.

Une démarche centrée sur la communication et les relations

Face au désarroi de Sylvain, la médiatrice accompagnée de la technicienne de l’association, débute une nouvelle série d’entretiens : quatre séances pour mieux communiquer et rétablir le dialogue. Lors de cette seconde médiation, la médiatrice travaille la place de chacun dans la famille, les relations, les tensions, les émotions.

En premier lieu, médiatrice et agriculteur ont dû se parler, s’écouter et se faire confiance. Un vrai défi ! Le grand-père exprimait une réelle hostilité, une vraie méfiance envers cette personne qui n’est « pas d’ici, qui vient de la ville ».

Parler de ses émotions et de ses besoins n’est ni simple et ni évident. C’est encore plus le cas dans le monde agricole. Pourtant la place et le rôle du médiateur sont d’aider, d’accompagner, d’entendre chacun, chaque parti sans jugement. Le médiateur est là pour eux, pour entendre chacun d’eux. 
La professionnelle est parvenue à montrer au grand-père qu’elle comprenait ce qu’il ressentait. Une confiance encore plus grande que lors de la première médiation, a ainsi pu s’installer. Et le grand-père a pu s’exprimer sans colère.

Au début de cette deuxième médiation, le dialogue entre le grand-père et le petit-fils est houleux et à la limite de la rupture : colère, insultes, etc. Avec l’aide de la médiatrice, le grand-père peut alors exprimer ses maux et ses frustrations. Il a ainsi pu dire qu’il se sentait âgé, qu’il avait des problèmes de santé, et qu’il était blessé dans son orgueil de ne plus pouvoir faire ce qu’il pouvait aisément faire auparavant, et qu’il était frustré de voir son petit-fils effectuer son travail selon des méthodes différentes des siennes. A la suite de ces confidences, le dialogue s’apaise.

L’amour de la terre comme point commun

Ce qui unit Robert et Sylvain apparaît peu à peu entre eux : leur amour commun pour la terre. La médiatrice les a mis suffisamment à l’aise afin qu’ils puissent enfin parler de leurs émotions et de leurs sentiments, même si c’est toujours avec beaucoup de pu

À la suite de ces entretiens :

  • Sylvain accepte de laisser une place à son grand-père dans l’exploitation et faire preuve de patience et de compréhension : boire le café ensemble le matin et faire un point sur la journée.
  • Robert comprend qu’il n’est plus aux commandes et accepte un nouveau rôle : il se charge de trouver de nouvelles terres pour son petit-fils.

Permettre à chacun de trouver sa place

Les deux apprennent à communiquer sans s’insulter.
Grand-père et petit-fils sont plus apaisés, souriants, et deviennent solidaires. Chacun a fini par trouver sa place. Avant, le petit-fils nerveux, inquiet, impatient ne savait pas communiquer sans exploser. Aujourd’hui, il sait dire ce qu’il ressent sans s’emporter. Il se connaît mieux et se montre plus patient envers les autres.

Une séance avec Jacqueline, la fille, est également organisée afin de poser un cadre et de rappeler l’essentiel : ce qui appartient aux grands-parents et ce qui appartient au petit-fils. Une amélioration est à noter (demander avant de se servir), mais quelques réticences font craindre de nouvelles tensions.

La médiation est un long cheminement. C’est un processus lent qui nécessite avant tout de la patience envers soi-même. Au début, tout était confus. Il y a avait beaucoup de non-dits, de malentendus, de tensions. Les choses ont évolué dans le bon sens : ils savent résoudre des problèmes sans heurts, se faire entendre dans le respect.

Le processus de médiation ouvre la possibilité du dialogue. Pour autant ce dialogue ne signifie pas nécessairement la disparition du conflit mais une reconnaissance mutuelle de la place de chacun et une nouvelle manière de se parler, de s’adresser à l’autre.

La médiation a permis à Sylvain de trouver sa place dans l’exploitation et à chacun d’apprendre à communiquer sur un mode moins agressif. Si des tensions persistent, le chemin parcouru est déjà immense : dialogue, respect et patience ont remplacé les tensions.

Article rédigé avec l’aide de Camille Raynaud.